Je hais le mouvement qui déplace les lignes

 

 

Ce vers de Charles Baudelaire me revient et j'essaie de comprendre ce qu'il me raconte.

Ou comment l'avant garde d'hier finit en académisme de nos 17 ans.

 

« On n’est pas sérieux quant on a dix-sept ans » disait Rimbaud.

 

Certes le geste s'est amplifié, a gagné en maîtrise, le spectacle est de plus en plus léché. Mais quelle est cette brûlure que je ressens sur le cou? Qui tient la laisse? Qui tend le collier ?

 

Le plus difficile en art c'est de perdurer, de ne pas ronronner et de cesser de tourner en rond autour d'un piquet, attaché par une laisse.

 

Alors certes, il existe aujourd'hui des laisses à enrouleurs qui donnent aux toutous, aux "chers toutous", encore Charles Baudelaire, l'illusion d'une liberté, j'en vois même qui aboient.

Et les colliers peuvent être si beaux. Nous connaissons tous des magnifiques colliers avec leurs rangs de strass.

 

Je ne prétends pas que l'artiste soit un être différent des autres, plus libre que les autres, mais puisqu'il est le bouffon, il faut qu'il déplace les lignes, ou tout au moins qu'il essaie, tous les jours un peu, sans jamais renoncer.

 

Et si tout cela ne parlait que de nos peurs, cette vieille complice des premiers jours, qui fait que pour un petit sourire, nous oublions tout et redevenons des toutous.

 

    «-Mon beau chien, mon bon chien, mon cher toutou, approchez et venez respirer un excellent parfum, acheté chez le meilleur parfumeur de la ville.

    Et le chien, en frétillant de la queue, ce qui est, je crois, chez ces pauvres êtres, le signe correspondant du rire et du sourire, s'approche et pose curieusement son nez humide sur le flacon débouché; puis, reculant soudainement avec effroi, il aboie contre moi, en manière de reproche.

    «-Ah! misérable chien, si je vous avais offert un paquet d'excréments, vous l'auriez flairé avec délices et peut-être dévoré.  Ainsi, vous-même, indigne compagnon de ma triste vie, vous ressemblez au public, à qui il ne faut jamais présenter des parfums délicats qui l'exaspèrent, mais des ordures soigneusement choisies.»

Aujourd'hui je suis heureux d'avoir enfin 17 ans.

 

                                                                                                           René Pareja

 

                                                                                                           

 

                                                                                        

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