Transmission

Les Chemins de l'Errance

Renato & Rico Je hais le Mouvement Lettre à Alix Constantine

 

 Transmission

 

 

Les Chemins de l'Errance

 

Ne pas renoncer... Aller de l'avant, se perdre pour trouver du nouveau, garder un oeil neuf, rester naïf.

L'histoire que nous racontons, une histoire d'errance, n'est que le pretexte à mieux faire vivre la nôtre. Etre en marche, toujours rester à l'écoute, ouvert aux autres, c'est le projet qui m'anime. Prendre son temps et vivre la transformation de l'errance.

Je rêve d'un théâtre qui ne serait jamais le même parce que nous ne sommes pas le même jour avec les mêmes personnes, ni dans le même lieu. Produire un instant unique dont on sait qu'il ne pourra se reproduire et faire sienne la phrase de René Char " l'artiste doit se faire regretter de son vivant".

Prendre notre caravane et nous installer au milieu d'une communauté (quartier, village, centre de formation, école...). Pendant quelques jours être là comme un nouveau voisin, tisser des liens, prendre le café, entretenir des conversations, se dire bonjour, sans protocole hiérarchique.

Prendre trois jours, respirer l'air du temps, reprendre son ouvrage, repérer les lieux et les quatrième et cinquième jours, jouer pour la population de la communauté chez laquelle nous sommes venus nous implanter. La caravane devient le centre du spectacle pour lequel les spectateurs sont conviés à s'installer sur de petits gradins.

Les jours passées nous aurons permis de nous imprégner du lieu, rendant chaque représentation unique et exceptionnelle, chacun (acteurs et spectateurs) devenant détenteur dans sa propre mémoire d'un moment privilégié. Il s'agit de foranité, d'un théâtre qui cultive le goût du décalage, à la fois poétique, politique et démocratique.

Ce que nous voulons donner, c'est le goût de l'étranger qui passe, le théâtre dans son essence : toujours satisfaire notre besoin de réenchantement et rester les instigateurs du merveilleux dans les lieux de notre quotidien.

                                                                                                                                   René Pareja

 

Renato & Rico

 

René Pareja

en 1952 dans le Nord … d’un autre continent placé au Sud.

Fait des études qui auraient dû l’amener à la direction d’équipements culturels.

En 1973, au Théâtre des 2 portes dans le 20e arrondissement de Paris, remarque au bar quelques individus bruyants qui l’ignorent. Il se dit que décidément la province est belle et que tant qu’à faire du théâtre autant le faire calmement. Il bricole avec différents groupes, rencontre Ernst Duplan, Elsa Wolliaston, Eugenio Barba.


Fondé en 1976, le théâtre d’Ostrelande à Hérouville Saint-Clair. On dit de lui qu'il fait du théâtre de recherche, lui fait du rock’n’roll : Antigone, PenthésiléeMédée, pour les classiques (il faut bien que jeunesse se passe), Les carnets de Junko de François Cervantes, Le désir attrapé par la queue de Pablo Picasso, L’arbre des tropiques de Mishima, Le chapiteau de tentation d’après Flaubert avec Le Cirque du Docteur Paradi.

 

Michelle Kokosowski lui demande de rejoindre le groupe des jeunes metteurs en scène européens. Il trouve mieux à faire.

 

Il fallait bien qu'il paye le prix  de son indépendance. Lui qui trouvait que l’institution manquait de souffle se retrouve à l’air libre. Il fait sienne la phrase de Jean Vilar  « Je trouve que les théâtres manquent d’air ». Il n’en manquera pas avec l’invention de Nord Ouest Théâtre  et de son théâtre itinérant. Il choisira donc le grand air et fera naître  "La Famille Magnifique".

 

On dit de lui qu'il fait du théâtre populaire, lui fait de la recherche et s'entoure d'écrivains contemporains de théâtre pour mieux les partager et faire sienne la parole de Kafka "la seule raison de l'art c'est de recréer les conditions d'une parole vraie d'être à être".

 

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Eric Fourez   

en....  le jour de l'armistice de 14-18.

Dit ne pas avoir la mémoire des dates. Quelle coquetterie.

Se souvient avoir fait des études dans un lycée agricole, déjà la culture. Homme de campagne, il part se perfectionner à Paris avec Jean Perimogny au début des années 70. Quel choc.

Se rappelle encore des longues tournées en camionnette avec le Théâtre Populaire de Bretagne que dirigeait Jean Moign.

Garde en mémoire sa rencontre avec Yves Graffey, fondateur du Théâtre du Gros Caillou (CDNEJ) qui lui aurait proposé un contrat de 6 mois au milieu des années 70 : quinze ans plus tard il est encore là, après avoir exercé tous les métiers du théâtre. Un nouveau directeur est nommé en 1991, il lui fera confiance… Il n'aurait pas dû.

Homme de parole, il se devait de rencontrer le Mime Marcel Marceau avec lequel il entretiendra de longues conversations. Il sera son directeur de scène jusqu'au silence du Mime en 2007.

Touche à tout, il ne peut s'empêcher parallèlement de mettre en scène plusieurs spectacles et croiser sur sa route l'aventure itinérante de Nord Ouest Théâtre.

                                                                                    

 

                          

                            Je hais le mouvement qui déplace les lignes

 

 

Ce vers de Charles Baudelaire me revient et j'essaie de comprendre ce qu'il me raconte.

Ou comment l'avant garde d'hier finit en académisme de nos 17 ans.

 

« On n’est pas sérieux quant on a dix-sept ans » disait Rimbaud.

 

Certes le geste s'est amplifié, a gagné en maîtrise, le spectacle est de plus en plus léché. Mais quelle est cette brûlure que je ressens sur le cou? Qui tient la laisse? Qui tend le collier ?

 

Le plus difficile en art c'est de perdurer, de ne pas ronronner et de cesser de tourner en rond autour d'un piquet, attaché par une laisse.

 

Alors certes, il existe aujourd'hui des laisses à enrouleurs qui donnent aux toutous, aux "chers toutous", encore Charles Baudelaire, l'illusion d'une liberté, j'en vois même qui aboient.

Et les colliers peuvent être si beaux. Nous connaissons tous des magnifiques colliers avec leurs rangs de strass.

 

Je ne prétends pas que l'artiste soit un être différent des autres, plus libre que les autres, mais puisqu'il est le bouffon, il faut qu'il déplace les lignes, ou tout au moins qu'il essaie, tous les jours un peu, sans jamais renoncer.

 

Et si tout cela ne parlait que de nos peurs, cette vieille complice des premiers jours, qui fait que pour un petit sourire, nous oublions tout et redevenons des toutous.

 

    «-Mon beau chien, mon bon chien, mon cher toutou, approchez et venez respirer un excellent parfum, acheté chez le meilleur parfumeur de la ville.

    Et le chien, en frétillant de la queue, ce qui est, je crois, chez ces pauvres êtres, le signe correspondant du rire et du sourire, s'approche et pose curieusement son nez humide sur le flacon débouché; puis, reculant soudainement avec effroi, il aboie contre moi, en manière de reproche.

    «-Ah! misérable chien, si je vous avais offert un paquet d'excréments, vous l'auriez flairé avec délices et peut-être dévoré.  Ainsi, vous-même, indigne compagnon de ma triste vie, vous ressemblez au public, à qui il ne faut jamais présenter des parfums délicats qui l'exaspèrent, mais des ordures soigneusement choisies.»

Aujourd'hui je suis heureux d'avoir enfin 17 ans.

 

                                                                                                                 René Pareja

 

                                                                                                           

 

                                                                                        

 

Lettre à Alix

mercredi 21 octobre 2009

 


" L'important c'est d'aimer : Grötovski ou la femme à barbe. "
 
Ou comment passer d'un théâtre laboratoire au théâtre forain.
 
 
Ils ont certainement été, pour moi, des points d'attractions ; l'objet du désir. Le mot est prononcé : le désir, aller de l'avant. Un même moteur alimenté d'une même nécessité : offrir, donner à l'autre (le chemin d'une réconciliation avec soi-même).
 
L'important c'est d'aimer ; de maintenir en permanence le sens sacré de son désir et ne pas renoncer.
 
Dans les années  70, s'ouvrait à nous une voie que je qualifie de décentrée, un chemin buissonier, qui inlassablement contourne la centralité des ores de la République.
 
Un nouveau théâtre a ainsi trouvé son énoncé, sa voix et les oreilles étaient prêtes tout autant que les coeurs.
 
Il est vrai qu'après la mondialisation d'une guerre effrénée qui a hantée nos consciences (il nous faudrait aussi parler de l'Indochine et de l'Algérie), un appétit de poésie dans un rapport plus intime, plus merveilleux trouvait alors son expression.
 
Il y avait eu toute la lignée des aînés du cartel (Pitoeff, Jouvet, Dullin, Baty),  Copeau... les comédiens routiers, les grands repères du théâtre des arts de Moscou (Stanislavski, Meyerhold.....) plus près de nous Jean Vilar, Gignoux, Parigot et bien d'autres qui sont devenus les miens et dans les années 60 début 70, en pleine guerre froide, nous découvrions Grötovski, mais aussi Julian Beck, la Mama qui allaient bouleverser notre rapport à l'acteur et à nos représentations.
 
On le comprend aisément, le courant est généreux, abondant, renouvelé, souriant.
 
Continuant le chemin, acceptant l'autre et sa transformation de ma propre exigence, dans la connivence avec ceux qui m'avaient donné à être, nous avons avec notre théâtre forain cultivé notre goût de la décentralité.
 
Ils sont très nombreux ceux qui partagent aujourd'hui notre engagement. Nous devons nous en réjouir car ils sont l'expression plurielle d'un devenir choisit.

                                                                                                                                              René Pareja

 

 

Constantine

Jeudi 19 février 2009, tournée en Algérie

 

                                                                                                                                                                                        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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