ACTEURS ET GUETTEURS

 

 

 

 

Un an après le printemps arabe, à l’institut supérieur d’Art dramatique de Tunis
A gauche sur l’image Michel Crespin, un ami et un sacré guetteur

Quand René Pareja, Gilles Boulan, Serge Turpin décidaient avec l’approbation et la complicité d’Alain Marais, Directeur Régional des Affaires Culturelles de la Basse-Normandie dans les années 90, de renforcer Nord Ouest Théatre, de rêver le TRAIN (Théâtre Régional d’Action Itinérante en Normandie) et de créer le camion théâtre de la Famille Magnifique, leur ambition était de réduire la surface d’intimidation entre l’oeuvre et son public.

Porteurs des utopies de l’action culturelle et de l’Education Populaire, ils avaient en mémoire les expériences de leurs prédécesseurs. Il leur fallait poser à l’air libre un acte singulier revisitant les voies de l’anthropologie théâtrale. La Famille Magnifique était née. Cette tentative qui, aux yeux de certains ne pouvait être que brève, allait engager une dynamique inédite dont les années d’existence ont affirmé la pertinence.

Sans domicile fixe, mais non sans attaches, le camion des Magnifiques, apponté l’hiver à la ferme d’Abel Brée, paysan à Airan dans le Calvados, pour y fabriquer ses spectacles et errant l’été le long des routes, se révèle être aujourd’hui encore un concept opérant, vecteur des enjeux fondamentaux d’un théâtre en adéquation avec le monde contemporain. On y éprouve la foranité. On y pratique l’écosophie culturelle au même titre que l’échauffement de l’acteur.

En France, en Belgique, au Canada, en Tunisie ou en Algérie, la compagnie participe à l’aventure de la francophonie.
Avec ses auteurs associés, elle contribue à une évolution des écritures dramaturgiques.
Dans les débats nationaux et locaux, elle fait entendre sa voix singulière.
Si le camion, Cheval de Troie, en est l’avant-poste, Les acteurs en sont les guetteurs. Ils ne font pas que colporter des histoires, ils accumulent un savoir et leur scène tractée est un abri solide, fait pour cabaner et émouvoir.
Alors le tréteau se fait tribune, et avec cette élégance, cette dérision propres aux saltimbanques, s’élève une parole libre, poétique qui vient féconder l’espace public.

A sillonner des territoires, La compagnie a réuni des publics.
Là où elle passe, se produit un événement dont on peut apprécier les retombées en considérant tout ce commerce humain qui se déroule à l’entour.
Sur la place, sur les marchés, les spectateurs n’attendent plus d’être convoqués, ils s’invitent. S’adressant à tout un chacun, enfant ou adulte, spectateur initié ou béotien.
La Famille compagnie élargit, sans démagogie aucune, la portée de l’acte culturel.
Elle reste attentive à l’équilibre toujours subtil d’une interaction entre une proposition artistique et son destinataire.
Elle est soucieuse de réenchantement du monde et de la métamorphose du théâtre sans présager de son avenir.

Alix de Morant in Cahier Forain des Magnifiques

 

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